Lundi 26 mai 2008


Le verdict est tombé hier soir, avec quelques grosses surprises, qui ont déjoué nos pronostics.
Réjouissons nous d‘abord de cette Palme d’or française, la première depuis 21 ans, depuis la victoire de « Sous le soleil de Satan », de Maurice Pialat. Espérée presque chaque année, elle avait, depuis, toujours échappé à notre cinéma. Cela étant, un certain esprit francophone n’en avait pas moins continué à souffler sur les palmarès cannois, avec les Palmes d’or attribuées aux films des frères Dardenne (en 1999, pour « Rosetta », et en 2005, pour « L’enfant »), héritiers de la tradition documentaire belge et du « cinématographe » épuré d’un Robert Bresson.
Projeté en dernier, samedi, « Entre les murs » a conquis un jury comptant parmi ses membres des personnalités, comme le cinéaste Rachid Bouchareb, ou l’actrice Jeanne Balilbar, qui ne pouvaient qu’être sensibles à la difficulté des enfants de nos « minorités visibles » à trouver leur place dans l’institution scolaire. Sans doute, Sean Penn, président du jury y a trouvé un écho de la relative faillite du système scolaire américain.

A noter que le jury œcuménique avait retenu « Entre les murs » dans son dernier choix de trois films. Mais il a trouvé que cette œuvre se terminait sur un constat d’échec, sans retour, au contraire du film canadien « Adoration ». Ce film d’Atom Egoyan, à lire à plusieurs niveaux sur l’adolescence et la cohabitation entre cultures et religions, est certes plus difficile qu’ « Entre les murs », mais ouvre des pistes dans les relations avec autrui.

Bonne surprise également, ces deux prix à des films italiens. La Péninsule n’avait guère été gâtée ces dernières années, en raison aussi de l’absence de films de Nanni Moretti. « Gomorra », de Matteo Garrone (Grand prix), et « Il divo », de Paolo Sorrentino (Prix du jury), sont deux films coup de poing, dénonçant les pratiques de la mafia, la corruption et la collusion avec le monde politique en général, et la démocratie chrétienne en particulier. Ce n’étaient pas nos préférés, mais on peut aisément comprendre les motivations du jury.

Pas de contestation possible pour le Prix d’interprétation masculine, attribué à l’acteur Benicio Del Toro, fascinant dans la peau de Che Guevara. Celui d’interprétation féminine est allé à une actrice brésilienne, Sandra Corveloni, héroïne de « Linha de Passe », de Walter Salles (film que nous avions retenu dans notre palmarès). Souvent à Cannes, l’un des deux prix d’interprétation va à une (ou un) inconnue.

Absents du palmarès, à notre grand regret : « Valse avec Bacir », d’Ari Folman, et « L’échange », de Clint Eastwood. Un Prix du 61ème festival a bien été annoncé pour le cinéaste américain, partagé avec Catherine Deneuve. Seule l’actrice française est montée sur la scène, mais pas Clint Eastwood, dont personne n’a plus reparlé jusqu’à la fin de la cérémonie de clôture. Etrange !

Les grandes tendances de ce Festival 

Nous avons pu noter un foisonnement de films sur le thème de l’enfermement, toutes sections confondues. Enfermement physique, dans « Leonora », de Pablo Trapero, ou « Hunger », du Britannique Steve Mc Queen. Huis clos familiaux (« Les Trois singes », du Turc Nuri Bilge Ceylan) , ou blocage de la mémoire, dans « Valse avec Bachir ».

Mais la tendance majeure a été celle de la transmission, sorte de suite inconsciente de cette veine qui a fait florès dans le cinéma, au début des années 2000 : la recherche du père, démissionnaire. Cette fois, le père prend ses responsabilités, de lui-même, ou poussé par les circonstances.

De toutes les manières, enfants et adolescents ont été au cœur des préoccupations. Dans le film de Clint Eastwood, par exemple, où la police de Los Angeles ne fait aucun effort pour retrouver la trace d’enfants disparus. Ou dans « Entre les murs », de Laurent Cantet. La société à venir dépendra de ce qu’on aura fait de nos enfants, nous ont dit beaucoup de cinéastes.

Cannes 2008 est mort, vive Cannes 2009. A l’an prochain. En attendant, vous pourrez évidemment retrouver dans Pèlerin nos articles sur les films présentés à Cannes, au fur et à mesure de leur sortie.

France Lebreton et Philippe Royer

 

 

 

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Dimanche 25 mai 2008


C’est Laurent Cantet (photo G. Lazarevski), pour son film « Entre les murs » qui a reçu la Palme d’Or du festival de Cannes 2008.

 

 

Tous les résultats sur le site officiel du Festival

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Dimanche 25 mai 2008


C’est l’un des dimanches les plus longs de l’année. Comparable à ceux des élections présidentielles. Une journée apparemment calme, mais gagnée peu à peu par un sentiment diffus d’excitation et d’impatience. Les heures s’égrènent et nous rapprochent du grand moment. 19 H 15 : cérémonie de clôture du 61 ème festival de Cannes et annonce du Palmarès.

Peu de rumeurs en provenance de la Croisette. Sean Penn, le président du Jury, a confié que « la sélection était magnifique » et que « faire des choix va être très difficile ».

Risquons tout de même quelques pronostics, uniquement basés sur nos coups de cœur. 

Prix d’interprétation pour Martina Gusman, l’actrice de « Leonera ». Ce film argentin de Pablo Trapero raconte la rédemption d’une femme qui devient mère en prison. Ou pour Angelina Jolie, l’héroïne de « L’échange », de Clint Eastwood, film grand public qui mérite une Palme d’or.

Côté acteurs : Benicio del Toro, pour sa performance dans la peau de « Che » Guevara, même si le film lui-même ne vaut pas de figurer dans le palmarès. Ou Joaquin Phoenix, pour son interprétation dans « Two lovers », de James Gray, oeuvre qu’on aimerait aussi voir parmi les « palmés », ce soir.

Un Prix du jury ou, pourquoi pas, une Palme d’or, pour « Valse avec Bachir », ce film d’animation qui a secoué le festival dès le premier jour. L’israélien Ari Folman y raconte sa propre expérience de jeune soldat plongé dans la guerre du Liban, au début des années 80. Un voyage intime au cœur de la mémoire qui a durablement marqué les esprits. Le Jury s’en souviendra-t-il ?

Enfin, « Linha de Passe » de Walter Salles, et « Adoration« , d’Atom Agoyan, déjà récompensé par le jury oecuménique,  méritent amplement de bonnes places.

A vos téléviseurs !

Demain, nous reviendrons sur le palmarès, et vous proposerons un bilan global du festival, avec les tendances qu’on a pu dégager.

France Lebreton et Philippe Royer

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Samedi 24 mai 2008


par Philippe Royer

Dernière salve de films hier. Ultime émotions avec « My Magic », un mélodrame du Singapourien Eric Khoo, ou « Palermo Shooting« , de Wim Wenders, un film d’errance (avec des réminiscences de « L’ami américain ») comme le cinéaste sait les trousser à merveille.

Bagages à boucler. Avion. Et me voilà de nouveau chez moi, à Paris, avec les enfants qui se jettent sur la grosse boîte de calissons tout frais rapportée de Cannes. Happé par le quotidien, il faut s’arracher du cinéma. Préparation de la fête des mères. Et me voici seulement maintenant devant mon clavier d’ordinateur.

Demain, dans la journée, avec France Lebreton, nous vous livrerons notre palmarès à nous. Du moins les films, les acteurs et les actrices qui nous paru sortir du lot (le jury œcuménique a déjà donné le sien). Avant la remise des prix, en direct, en début de soirée, que nous regarderons comme vous lecteurs : sur notre téléviseur !

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Samedi 24 mai 2008


Il y a quelques heures, le Prix œcuménique 2008 a été décerné à « Adoration » d’Etom Egoyan. Le réalisateur canadien avait déjà reçu ce prix en 1997 pour « De beaux lendemains », une œuvre poignante.

Cette année, les avis étaient très partagés entre « Adoration » et « Linha de passe », du Brésilien Walter Salles. Mais après délibérations et plusieurs votes « très très démocratiques », selon le président René Aucourt, c’est finalement le film d’Atom Egoyan qui l’a emporté.

Lire ce que dit le Jury oecuménique d’ »Adoration »

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Vendredi 23 mai 2008


Robin Renucci, président du jury du Prix de l’Education nationale.

L’acteur et réalisateur préside un jury composé d’enseignants et d’élèves. Le film primé, choisi parmi ceux de la sélection officielle (compétition et section « Un certain regard ») fera l’objet d’un dossier pédagogique. Ce prix est décerné dimanche 25 mai, en présence du ministre de l’Education, Xavier Darcos (les anciens prix décernés par le jury).

Comment vivez-vous cette responsabilité : décider d’un film que des milliers de lycéens iront voir et analyseront avec leurs professeurs ?

Avec beaucoup de sérénité. Comme quelque chose de sérieux et de généreux. Car le film qu’on va choisir deviendra une référence collective. Il faut donner aux lycéens le meilleur : une œuvre qui leur ouvre un champ sensible. Le plus important pour moi est la question de la citoyenneté : comment les jeunes Français entrent-ils en contact avec les œuvres cinématographiques ? La plupart du temps, ils sont confrontés à des produits. Le marché les cible et choisi pour eux. Avec ce prix, nous sommes dans le cadre démocratique de l’école : on apporte aux lycéens une œuvre censée les élever.

Etes-vous sensible à cette question de l’apprentissage et de transmission artistique ?

J’ai toujours eu beaucoup d’engagements dans ce domaine. J’ai ainsi crée, il y a douze ans, un festival de théâtre, en Haute-Corse, sur le modèle de l’Education populaire. Entre juillet et septembre, il réunit publics et acteurs, venus d’horizons différents, autour de créations collectives. On y croise beaucoup d’enseignants.

Quels films vous ont marqué, adolescent ?

« La guerre des boutons », d’Yves Robert. C’est un film à la fois réaliste, mais aussi une catharsis. J’y pense, lorsque je vois un film de guerre. Encore plus quand une œuvre met en scène des enfants soldats en Afrique. L’autre film, c’est « Tous les autres s’appellent Ali », de Rainer Fassbinder. Notre prof de philo du lycée d’Auxerre, dans l’Yonne, où j’ai fais mes études, nous l’a fait découvrir.
J’ai gardé une grande affection pour ces enseignants passeurs qui ont marqué ma jeunesse. Ils sont en passe d’être remplacés par une génération davantage nourrie à la télévision. Il faut aussi qu’on leur offre le meilleur de la culture.

Recueillis par Philippe Royer (Photo : Education nationale)

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Vendredi 23 mai 2008


C’est une institution discrète, mais qui n’en a pas moins une place importante à Cannes. Créée par le Festival en 1998, le Cinéfondation offre des résidences et des ateliers, à Paris, à des jeunes cinéastes venus du monde entier, pour les aider dans l’écriture de leur premier long métrage. Outre ce coup de pouce, le but est aussi de les familiariser avec Cannes, et de les fidéliser.

En 1998, le festival avait ainsi voulu œuvrer au renouvellement de cette génération de créateurs, les Wenders, Scorsese, ou Schlöndorff, qui a fait les beaux jours de la compétition, mais vieillit et s’essouffle forcément.

L’idée était bonne, puisque plusieurs des jeunes pousses passées par la Cinéfondation ont depuis monté les marches avec un film. Mais l’autre volet de la Cinéfondation est de présenter, durant le Festival, une compétition de films d’écoles de cinéma et d’art, sélectionnés un peu partout.

Dans cet ensemble de trois programmes de films, on trouve des perles, certes encore mal dégrossies, mais sacrément prometteuses. Ainsi d’un court métrage d’une jeune Chinoise, Jian Xuan, élève de l’Institut d’art de Californie. Tourné dans un paysage de montagne, en Chine profonde, « August 15th » traite d’un authentique fait divers – un braquage et un viol dans un autobus, sur une ligne régulière – de manière directe, avec un tension dramatique et une maîtrise du récit qui n’ont rien à envier à des « pro ». On en sort inquiet pour la Chine, mais rassuré pour le cinéma.

Philippe Royer

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Vendredi 23 mai 2008



Benicio Del Toro, acteur principal du « Che », mercredi 21 mai


Steven Soderbergh, réalisateur du « Che », mercredi 21 mai

Les autres photos sur le site du Jury Oecumenique

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Vendredi 23 mai 2008


Comme promis, je reviens sur « Che » de Steven Soderbergh, le film qui a suscité le plus de commentaires, ces dernières heures. Depuis « Sexe, mensonges et vidéo », Palme d’or à Cannes en 1989, le réalisateur Steven Soderbergh (« Ocean’s Twelve », « Traffic », Erin Brockovich » …), nous a habitué à le voir s’emparer des genres les plus divers. Mais on ne l’attendait pas forcément sur le terrain de la révolution castriste.

Son film est composé de deux parties distinctes : la première narre la conquête de Cuba, entre 1956 et 1959, par la troupe de guérilleros emmenée par Fidel Castro et Ernesto Guevara, un médecin argentin. La seconde : la chute du « Che », dans la jungle bolivienne.

Le réalisateur a voulu se démarquer des biographies classiques, en insistant sur le quotidien austère des guérilleros : l’entraînement, les combats, les épreuves, mais aussi cette fraternité dans l’adversité, dont le cinéma a toujours fait son miel. Ce parti-pris permet de dégager la personnalité d’Ernesto Guevara, et, partant, les racines du mythe, mais aussi de prendre une certaine distance avec l’idéologie.

Le Che est montré comme un combattant aguerri et téméraire, un chef charismatique, attentif aux souffrances des humbles, mais impitoyable avec les « profiteurs de guerre » dévoyant son idéal révolutionnaire.

Si, à Cuba, les castristes avancent sur un terrain qui leur est acquis, en Bolivie, le contexte est tout autre. Isolé, sans aucune assise populaire, le « Che » est voué à perdre la guerre. Là aussi, dans cette seconde partie : l’entraînement, les combats, minutieusement reconstitués …

Le procédé lasse assez vite. Les mêmes scènes se répètent, sans aucune ellipse pour soulager le récit. Evidemment, la tragédie l’emporte : la dernière heure, celle de la capture et l’exécution sommaire de Guevara, est magnifique. Elle récompense d’avoir patienté.

Egalement au crédit du film, la langue : joué par des acteurs hispaniques, dont Benicio del Toro, dans le rôle du Che, et Damien Bichir, dans celui de Castro (dont il reprend tous les tics), il est en espagnol, et respecte même les accents (Argentins, Cubains, Mexicains …). Rare, dans le cinéma américain !

Autant « Che » est un film limpide, parfaitement documenté, autant ceux de Philippe Garrel et d’Atom Egoyan, demandent un minimum de familiarité avec les univers de l’un et de l’autre. Réalisé en noir et blanc, « La frontière de l’aube »  de Philippe Garel est une oeuvre à tiroirs, reprenant les obsessions de son auteur, incarnées par son fils, l’acteur Louis Garrel : la marginalité opposée au « confort bourgeois », la culpabilité, l’impossibilité du bonheur, la psychiatrie … La poésie de son travail fascine, mais on reste à l’extérieur.

Même chose avec « Adoration » : l’univers artistique du Canadien Atom Egoyan est d’une grande richesse. Ses réalisations, construites à la manière des contes orientaux, sont envoûtantes, mais on peine à s’y plonger en entier.

Soderbergh, Garrel, Egoyan : trois mondes aux antipodes les uns des autres, qui démentent ce fréquent constat d’uniformisation du cinéma. Pourvu que cela dure !

Philippe Royer

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Jeudi 22 mai 2008


Dernière ligne droite avant la clôture. Les projections de films en compétition se sont intensifiées depuis hier soir : « Che », de Steven Soderbergh (quatre et demi sur la vie d’Ernesto Guevara !), « La frontière de l’aube », de Philippe Garrel, deuxième film français de la compétition, et « Adoration », d’Atom Egoyan. Pas une minute de répit, donc. Je vous parlerai de ces trois films dans la soirée, mais je profite d’un moment de calme pour vous raconter la « Leçon de cinéma », de l’Américain Quentin Tarantino, dont je sors à l’instant. Une tradition cannoise, maintenant, que cette « leçon », à laquelle se sont déjà pliés de grands réalisateurs, comme Martin Scorsese, ou le Chinois Wong Kar Wai.

Au fil des éditions, l’exercice s’est sophistiqué, passant de la simple carte blanche à l’entretien soigneusement préparé avec un critique. Cet après-midi : Michel Ciment, l’âme de la revue « Positif ». Qu’on aime ou pas ses films (« Reservoir Dog », « Pulp Fiction », ou « Kill Bill »), Quentin Tarantino, enfant des faubourgs populaires de Los Angeles, est un véritable personnage. Physiquement déjà : avec son visage aigu se terminant par un menton en galoche, il a un air de Dalton. Une parenté que ses films de mauvais garçons accentuent. Et lorsqu’il parle, on a le sentiment d’être entré dans une scène de l’une de ses oeuvres : un flot survitaminé, bourré d’expression drôles et imagées.

Prévue pour une heure, la leçon en a fait à peu près le double, extraits de films à l’appui. A la lumière de ses explications, c’est vrai qu’on voit son travail différemment. Cinéphile acharné, il nous livré son faible pour les films du Français Eric Rohmer (qui l’eut cru ?), mais surtout son admiration pour Brian de Palma et de Sergio Leone.

Du premier, il a retenu les très longues scènes sans interruption, avec une caméra qui enveloppe les personnages. Du second, l’art de mettre de l’humour là où il n’y en a jamais, à commencer par les tueries. « Faire rire le spectateur l’implique. Il devient un complice de l’histoire, tout en ressentant une certaine culpabilité », a t-il confessé, en guise de secret de fabrication. J’en suis sorti assez impressionné, bien que derniers films, « Kill Bill » (1 et 2), et « Boulevard de la mort » ne m’aient pas du tout convaincu. Irai-je jusqu’à réviser mon jugement ?

Philippe Royer

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Mercredi 21 mai 2008


L’une des grandes distractions de Cannes, la nuit tombée, est de jouer les badauds le long de la Croisette. Il faut d’abord commencer par le vieux port, pour ses yachts luxueux à quai. Faire un « arrêt vedettes » au pied du Palais des Festivals. Avec un peu de chance, on peut entrapercevoir, entre deux têtes, une star qui monte les marches. Longer la plage. Sur l’un des très rares espaces publics, un chanteur s’époumone sur un podium en plein air, entre un écran géant et des rangées de transats vides. C’est « Ciné plage » organisé par le Festival, avec de la musique et un film chaque soir. Restaurants et boîtes de nuit occupent ensuite chaque mètre carré de sable, formant un long serpent de toile. Avant le bouquet final, en bout de Croisette : le plateau de Canal+, pris d’assaut à l’heure du Grand journal. Voilà pour l’image.

Le son est à l’avenant. La maison Warner Bros fête on ne sait quoi sous un barnum, à coup de standards américains. A côté, le cinéma indien reçoit A l’entrée, un groupe d’authentiques musiciens du Rajasthan tente de se faire entendre, on a un peu de peine pour eux. Tandis qu’à quelques mètres, gars et filles en tenue de nuit s’engouffrent dans une boîte dont les décibels traversent les murs de toiles. Sans oublier les « garennes » (comme on les appelait autrefois à la campagne) : vitres de voiture grandes ouvertes, musique à fond. Pour les clapotis de la Méditerranée sous la lune, il faudra repasser !

Au fait, je ne vous ai pas encore parlé de « Two lovers », de James Gray, présenté avant hier soir dans la cadre de la compétition. Le premier film sans règlements de compte entre mafias de l’Est, de ce talentueux cinéaste américain (« Little Odessa », « La nuit nous appartient »). Un juif new-yorkais (joué par l’acteur Joaquin Phoenix, le Marlon Brando de James Gray), qu’un premier échec amoureux a fragilisé, hésite entre deux femmes : la belle ashkénaze, incarnant la raison, que ses parents lui ont présenté. Ou sa voisine de palier (l’actrice Gwyneth Paltrow), instable et loin de son monde, dont il est justement tombé follement amoureux… Un très fine comédie sentimentale, sans niaiserie, au plus près de la vie quotidienne des émigrés d’Europe centrale.

Philippe  Royer

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Mardi 20 mai 2008


O’Horten (La nouvelle vie de Monsieur Horten)
Sélection « Un certain regard « 
L’ovation semblait ne plus vouloir s’arrêter pour ce bel hommage que le réalisateur rend à sa mère, ancienne sauteuse de ski…
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Delta
(Sélection officielle )

On peut voir ce film comme une parabole qui nous montre comment le refus de comportements différents par un groupe humain conduit à la mort. Ceux qui ne font pas comme nous sont nos ennemis et il faut qu’ils disparaissent…..
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Johnny Mad Dog
Sélection « Un certain regard  »
Un film impressionnant sur un sujet effroyable. Le réalisateur a travaillé avec de anciens enfants-soldats au Libéria. La vérité du récit s’en ressent…
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Mardi 20 mai 2008


C’est d’un banal, mais je le dis quand même : dans mon panthéon des réalisateurs américains, Clint Eastwood est au sommet. A égalité avec Woody Allen. Mon drame, à chaque festival où il a un film en compétition, est que je suis condamné à juste voir passer sa silhouette (burinée, sans un poil de graisse, cheveux blancs et rides de celui à qui on ne peut plus la faire) de loin. Sauf à jouer des coudes avec une meute de journalistes et de photographes, au risque d’un coup d’appareil sur le nez, ou à détourner la vigilance du service d’ordre cannois. Mais, mettre en branle une armoire à glace qu’on ne pourra plus raisonner, je n’y pense même pas.
Disons le tout net : je donne tout de suite la Palme d’or à « L’échange », le dernier film de Clint Eastwood, présenté officiellement ce soir.  Sans préjuger, évidemment de la suite. C’est un film passionnant et admirablement réalisé. 2 h 20 d’un cinéma cousu main, digne des grands anciens d’Hollywood.

L’histoire n’est pas « gaie gaie ». Nous sommes dans les années 1920, à Los Angeles, où la police est minée par la corruption (de grands auteurs de polar américains ont fait leur chou gras de cette époque). Une mère (jouée par l’actrice Angelina Jolie, magnifique) refuse de reconnaître, dans le petit vagabond que la police lui a ramené, son fils, mystérieusement disparu quelques mois auparavant. L’affaire s’envenime. La mère est internée. Les citoyens de la ville multiplient les protestations, attisées par la découverte d’un charnier d’enfants …

Tiré d’une histoire authentique, « L’échange » offre un bouleversant portrait de femme déterminée à faire éclater la vérité, dans une société alors encore très machiste. D’autres films, dans cette sélection cannoise, mettent en valeur des femmes invaincues, à commencer par « Le silence de Lorna », des frères Dardenne (mon blog d’hier). Mais même en retrait, elles sont une présence déterminante. C’est, pour l’heure, l’une des grandes tendances de cette édition-ci.

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Mardi 20 mai 2008


Journée engagée, hier, quarante ans après « 1968 ». La Semaine de la critique, l’une des sections parallèles du festival, a organisé projections et débats autour de la pauvreté dans le monde. Si le cinéma militant a cessé de se rêver galvanisant ouvriers et étudiants en vue du « grand soir », il veut rester le témoin et le dénonciateur des injustices.Plaie mondiale, la pauvreté a inspiré deux documentaires, qu’on a pu voir : « The end of poverty ? », du Français Philippe Diaz. Un éloquent tour du monde de la misère. Et « Enfants de Don Quichotte (acte 1)», de Ronan Dénécé (sortie dans les salles fin octobre), sur le combat mené par Augustin Legrand et Pascal Oumaklouf, en octobre 2006, au bord du canal Saint-Martin, pour alerter l’opinion publique sur la situation dramatique des sans-abri à Paris, et provoquer une réaction politique. Chacun à sa manière, ces deux films vont droit au but.

Hasard ou non de la programmation, la section « Un certain Regard » – une « annexe » de la sélection officielle – projetait, hier aussi, un film – « Versailles », de Pierre Schoeller - aussi inattendu que gonflé sur des « Sans domicile fixe , réduits à vivre dans des cabanes de fortune, dans les forêts aux portes de Paris.

« Versailles » joue de prime-abord du paradoxe entre le château et ces abris dans les futaies alentours. Mais le procédé, un brin grossier, s’affine et se complexifie assez vite. L’œuvre est portée par Guillaume Depardieu, sorte d’homme des bois « rebelle mais au grand cœur » (un rôle qu’on lui attribue souvent au cinéma, à quelques variantes près), à qui une jeune SDF a abandonné son fils de cinq ans, Enzo. Que faire de ce bout de chou encombrant ? Damien, alias Depardieu, va peu à peu réapprendre la responsabilité. Non sans de gigantesques efforts, il renoue avec les siens et reconnaît l’enfant, afin de lui donner une existence sociale. Une fois qu’il sait Enzo entouré, Damien peut reprendre son errance.
Au-delà du thème des sans-abris, « Versailles » explore un sujet rarement traité au cinéma : confier de sa propre initiative son enfant, lorsqu’on se sait incapable de lui offrir affection et avenir. Fréquent, et même salutaire, dans la France d’autrefois, ce don, car s’en est souvent un, est aujourd’hui mal compris. Sortie de « Versailles » le 13 août prochain : nous y reviendrons !

Philippe Royer

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Lundi 19 mai 2008


De retour au Festival, pour prendre le relais de ma consœur France. Je retrouve toujours avec infiniment de plaisir l’ambiance de Cannes. J’y croise chaque année les mêmes journalistes. Il y en a beaucoup que je ne vois qu’ici. On se fait un petit signe de tête. Je ne sais rien d’eux, ni leur nom ni leur nationalité, encore moins le média où ils travaillent, mais je garde en mémoire ces quelques visages. Ma goutte d’eau dans un océan de 3000 accrédités, à chaque édition, par le Festival. En fait, je me sens rassuré qu’eux non plus ne se soient lassés ni de Cannes ni surtout du cinéma. Je le lis dans leurs regards.Mon petit coup de vieux ne va pas s’arranger cet après-midi, avec l’hommage que le Festival rend au doyen des cinéastes en activité : le Portugais Manoel de Oliveira. Cent ans cette année ! Pas de solitude, pour reprendre le titre d’un célèbre roman, mais d’une vie particulièrement bien remplie. Pour cet anniversaire, Cannes a fait restaurer son premier film : un documentaire sur le Douro, un fleuve qui se jette dans l’océan à Porto, la ville de Manoel de Oliveira. Il l’a réalisé alors que le cinéma était encore muet ! Sous Salazare, le maestro a mis sous le boisseau ses ambitions artistiques et repris l’exploitation viticole familiale. Pour brusquement renaître au cinéma à soixante ans passés, et ne plus s’arrêter ! Sa ténacité a toujours forcé mon admiration.
Ce matin, j’ai assisté à la projection du « Silence de Lorna », le nouveau film de Jean-Pierre et Luc Dardenne « Les frères », comme disent familièrement leurs acteurs. Le visage de ces Taviani belges, travaillant ensemble depuis leur premier film, est maintenant bien connu du grand public, qui les a vu à deux reprises lever une Palme d’or. Pour « Rosetta », en 1999, et pour « L’enfant », en 2005. Rêvent-ils de repartir avec une troisième Palme, situation encore inédite à Cannes ? La question leur a évidemment été posée lors de la conférence de presse qui a suivi la projection du « Silence de Lorna ». Mais nous savions déjà tous que leur ambition principale est de faire partager au plus grand nombre leur vision du monde. Celle de ce « Silence » est aussi sombre que les précédentes. Seulement, les deux réalisateurs ont pris davantage de distance avec leur sujet, avec une mise en scène plus posée.

L’histoire du film ? Emigrée à Liège, Lorna, une Albanaise, est engagée de son plein gré dans un impitoyable trafic de mariages blancs, pour « s’acheter » la nationalité belge. Lorna veut réunir, coûte que coûte, des fonds pour s’offrir le snack de ses rêves, avec son ami albanais. L’assassinat de son premier « vrai faux » mari belge bouleverse son projet, et l’amène à chercher à se racheter. Un final d’espérance qui revient régulièrement dans les œuvres Dardenne.

Tout au long de la conférence de presse, les deux frères se sont montrés sincères et compassionnels, attachés à l’être humain, mais sans avoir envie qu’on leur attribue une sensibilité religieuse particulière. Pourquoi est-ce que la détresse les inspire tant ? Ils reprennent à leur compte la formule du poète Henri Michaud : « l’artiste n’est pas maître chez lui ». Autrement dit, « On fait ce qu’on doit, mais on ne peut pas dire pourquoi ». A méditer !

Philippe Royer

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Lundi 19 mai 2008


Quelques images de la montée des marches. Samedi 17, c’est au tour de l’équipe d’un « Conte de Noël », d’Arnaud Depleschin (Photos : Signis-cannes)…


Catherine Deneuve

Chiara Mastroianni

Toujours plus de photos sur le site du jury oecumenique

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Dimanche 18 mai 2008


Non ce n’est pas le film philippin que j’emporterai dans ma valise. J’ai trouvé « Serbis » de Brillante Mendoza fatiguant, bruyant, un peu glauque… et peu intéressant. Pas mal de journalistes ont d’ailleurs quitté la projection.
Si je parle de valise, c’est que justement, je passe le relais aujourd’hui à mon collègue Philippe Royer. Si arriver à Cannes est parfois une épreuve (initiatique), il est bien plus redoutable encore d’en partir. Car l’addiction au cinéma est sévère. A moins que, cette année, ce ne soit la cécité blanche qui me guette, comme dans « Blindness ».
Bon festival, avec Philippe. Nous nous retrouverons pour le Palmarès. A bientôt !

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Samedi 17 mai 2008


Comment honorer, à Cannes, le même jour, deux invitations à déjeuner, chacune promettant d’être intéressante pour une hard- blogueuse à l’affût d’informations, anecdotes et autres visages connus. Réponse : aller aux deux !
Arriver au salon des Ambassadeurs vers 12 H 30 à l’apéritif, emboîter le pas de Cédric Klapisch qui, comme moi, se rend au traditionnel déjeuner européen de la SACD (société des auteurs et compositeurs dramatiques). Attraper une coupe de champagne et se mettre en chasse. Un mot à Robin Renucci, repéré comme spectateur assidu des projections cannoises, matin et soir. Le comédien m’apprend qu’il est cette année président du Jury de l’Education nationale. En 2007, le prix, décerné à « Quatre mois, trois semaines et deux jours » (également Palme d’Or) avait suscité la polémique. Pouvait-on montrer ce film traitant de l’avortement dans les lycées ? Gérard Krawczyk, le réalisateur de « Taxi » me dit qu’il expose à Cannes des photos prises avec son téléphone portable. On peut les voir au piano bar du Carlton, où chaque soir a lieu une dégustation de vins en présence de personnalités. On y croise là-bas Jean-Claude Beineix (le frère du réalisateur Jean-Jacques Beineix), à la tête d’une compagnie d’assurances, spécialisée dans les tournages de cinéma (Kurosawa, Berri…) L’autre jour, Jean-Claude Beineix m’a livré un scoop : Benicio Del Toro a refusé de porter une perruque pour jouer Che Guevara dans le film « Che » de Steven Soderbergh, présenté jeudi dans la compétition cannoise. Du coup, il a fallu attendre que ses cheveux poussent ! Mais revenons aux Ambassadeurs, où le réalisateur Jacques Bral fumait sur la terrasse. Absent de Cannes depuis plusieurs années, il prépare un nouveau film.

Filer discrètement vers 13 H30 au moment où les gens passent à table et rejoindre le bateau d’Arte amarré dans le port de Cannes. Les Allemands déjeunent plus tard, m’avait-t-on prévenu. Ça tombe bien..
Avec 11 films en sélection officielle, dont 7 en compétition, la chaîne européenne s’affirme comme LA chaîne du cinéma. Parmi leurs co-productions, il est question autour de la table du film d’animation « Valse avec Bashir » d’Ari Folman, qui laisse à tous un souvenir puissant. Mais aussi de « Lourdes », de Jessica Hausner, un film dont on parlera sans doute l’année prochaine, ici, à Cannes. J’apprends à cette occasion que Gilles Jacob, président du festival de Cannes, fait partie du comité de sélection des films co-produits par Arte. Il faut ensuite revenir sur la terre ferme pour voir un film chinois en compétition : « Er shi si cheng ji » de Jia Zhangke. Le sous-titre est plus facile à mémoriser : « 24 city ». Une sorte de « Ressources humaines » ( le film de Laurent Cantet ) à la chinoise. On y reviendra.

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Samedi 17 mai 2008


Il y a des jours où l’on regrette de ne pas avoir son appareil photo sous la main. Ce n’est pas parce qu’on est journaliste qu’on n’a pas le droit d’avoir un cœur de midinette. Oui, je peux le dire, Catherine Deneuve m’a frôlée. Et pas seulement elle. Sa fille aussi, Chiara Mastrioanni, aux jambes interminables, Anne Consigny, Mathieu Amalric, Emmanuelle Devos… Tous sortaient de la conférence de presse d’ « Un conte de Noël ». Premier film français à être présenté en compétition. Bon, on n’est pas chez Danielle Thompson ( « La Bûche ») mais cette tragi-comédie, à la fois drôle et cruelle, se laisse voir avec plaisir, sans que l’on s’ennuie une seconde. Ce qui est un atout, vue la longueur du film : 2 H 30 (voir aussi notre critique dans Pèlerin cette semaine).

Déception hier soir, chez Woody Allen, avec « Vicky Cristina Barcelona » ( hors compétition) « une comédie légère et romantique » selon le dossier de presse. Mais si légère, qu’il n’ y a pas grand chose à retenir de ce film. Le second degré tourne ici un peu à vide. Et la beauté et le talent des comédiennes (Pénélope Cruz, Scarlett Johansson, Rebecca, Hall) ne suffisent pas à sauver un film qui manque de génie. Cela dit, il fera, ce soir, une splendide montée des marches…

Ce matin, présentation à la presse du nouveau film du brésilien Walter Salles, très attendu depuis le remarquable « Carnets de voyages » (2004). « Linha de Passe » raconte le quotidien d’une famille pas très riche d’une cité, dans la banlieue de Sao Paulo. Une mère enceinte de son cinquième enfant, élève seule ses quatre fils : Dario veut devenir footballeur professionnel, Dinho se réfugie dans la religion évangélique, Denis multiplie les petits boulots pour gagner sa vie, Reginaldo, le plus jeune, voudrait bien connaître son père… Tous courent après leur rêve. Walter Salles point l’état d’urgence d’un pays ravagé par la violence et la misère. Et surtout la fracture d’une société où les pauvres semblent devenus invisibles aux riches. Moins évident que « Carnets de voyage », ce film révèle peu à peu sa force, son intensité. Au final, une réussite.

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Samedi 17 mai 2008


 

Propos recueillis par France Lebreton

Vicaire épiscopal, prêtre dans la région de Chalon-sur Saône, René Aucourt, 55 ans, a fait partie en 2000 et 2002 de l’organisation du Jury œcuménique, côté catholique. Pour la première fois, cette année, il en est le président.

Comment concevez vous le rôle du Jury œcuménique ?
Président du Jury oecuméniqueIl s’agit pour nous de repérer les films qui rejoignent les valeurs de l’Evangile : la place et le respect de l’homme, l’engagement, l’espérance, la dimension spirituelle. Sans que ces valeurs soient pour autant explicites. Le Jury œcuménique ne prime pas les films religieux, mais ceux qui peuvent être des paraboles pour notre temps. Des œuvres qui nourrissent, qui invitent à la réflexion. Le film ne doit pas être un prétexte mais un vecteur. Les images doivent avoir quelque chose à nous dire.

Dans quelles conditions travaillez-vous au festival ?
Notre présence est discrète. Nous nous réunissons, avec les cinq autres membres du Jury, tous les deux jours, vers 19 H, dans un salon du Palais, pour échanger sur les films que nous avons vus. Certains sont éliminés, d’autres sont retenus. Provisoirement, bien sûr ! Le festival nous accrédite comme des journalistes, avec un badge rose. Nous n’avons donc pas de rang réservé. Une fois, un soir, nous sommes invités à « monter les marches », tous ensemble et préalablement annoncés. Ce que nous avons fait vendredi soir pour le film de Woody Allen. Durant des années, le Jury œcuménique a été logé, le temps du festival, dans une maison de religieuses. Depuis sa fermeture, il a élu domicile dans une résidence pour personnes âgées, à 15 mn à pied du Palais.

Un film en particulier se rattache t-il à votre décision de devenir prêtre ?
« Z » de Costa-Gavras. Je l’avais vu en 1971, l’année de mon Bac. Je commençais à me poser des questions sur mon avenir. Le héros de « Z » s’engageait pour une cause, donnait sa vie pour les autres. Ce film m’a marqué. Il m’a aidé à m’interroger : « Et toi, tu veux donner ta vie pour qui ? »

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Vendredi 16 mai 2008


Un vent de nostalgie soufflait hier soir à l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs. Rappelez vous. C’était le 16 mai 1968. Dans l’ancien Palais des Festivals, une poignée de cinéastes, et non des moindres ( Godard, Truffaut, Chabrol… ) , se suspendent aux rideaux pour empêcher la projection du film de Carlos Saura. Le festival est interrompu. Dans la foulée, les Etats Généraux du cinéma, organisées à Paris, donnent naissance à la Société des réalisateurs de films ( SRF) qui crée la Quinzaine. A bas l’institution ! Désormais les réalisateurs participent au choix des films sélectionnés. Un regard nouveau sur le cinéma est en train de naître. Scorsese, Oshima, Jarmush, les frères Dardenne … tous débuteront ici à la Quinzaine.

Quarante ans plus tard, en ce même lieu, les réalisateurs Christian Vincent, Cédric Klapisch et Pierre Salvadori (les trois présidents actuels de la SRF) affirment d’une seule voix « être les héritiers de cet esprit ».

Très applaudi lors de son entrée en scène, le grand cinéaste polonais Jerzy Skolimowski est venu présenter son nouveau film « Quatre nuits avec Anna ». Il n’avait rien tourné depuis 17 ans ! La salle a explosé de rire lorsqu’il a déclaré, goguenard : « A ceux qui sont mes amis, je leur dit : I am back ! ; à ceux qui ne sont pas mes amis, je leur dit : I am back ! ».

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Vendredi 16 mai 2008


De la sélection Un certain regard : Hunger.
Ce qu’en pense l’équipe du Jury oecuménique

 

 

 

 

Vu à la Semaine de la Critique  : Aanrijding in moscou  
Ce qu’en pense l’équipe du Jury oecuménique

 

 

 

 

 

 

 Sélection officielle : Three Monkeys
Ce qu’en pense l’équipe du Jury oecuménique  

 

 

 

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Vendredi 16 mai 2008


Les photos de la montée des marches, hier (photos : Signis-cannes).

Elsa Zylberstein
Elsa Zylberstein


Brad Pitt et Angelina Jolie

Plus d’images sur le site du jury oecumenique de Cannes…

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Jeudi 15 mai 2008


Ce matin, j’étais à Buenos Aires, puis à Tokyo. Cet après midi en Turquie, et ce soir en Pologne. C’est la magie du cinéma. Tandis que leurs films font de nous des voyageurs immobiles, les réalisateurs et les acteurs du monde entier sont ici, à Cannes, en direct et en live, devant un parterre de journalistes pour 60 minutes top chrono. Mercredi, la première conférence de presse réunissant le jury du 61 ème festival était bourrée à craquer. Sur les écrans de télévision, on attrapait des bribes en passant. Un petit détail attira mon attention. L’une des jurées, Marjane Satrapi ( la réalisatrice de « Persépolis ») alluma une cigarette, imitée aussitôt en cela par la comédienne Jeanne Balibar, autre membre du jury, puis par le président Sean Penn lui-même. Les trois fumeurs semblaient embarrassés. Comme si, bravant l’interdit, ils n’assumaient pas vraiment leur geste. Du coup leurs mots tombaient à plat. Il n’y a pas de fumée sans feu…

Aujourd’hui, dans cette même salle de conférence, plutôt clairsemée cette fois, le réalisateur israélien Ari Folman défendait son film « Valse avec Bachir », assurément l’un des ovnis de la sélection. Se défendant de toute ambition politique, il insistait sur la démarche personnelle de son documentaire d’animation. L’important pour lui était de comprendre comment s’opère, chez un soldat ordinaire, la prise de conscience de l’horreur dont il se trouve être le témoin. En l’occurrence, les massacres de Sabra et Chatila. Aucun geste, aucune pose, aucune cigarette ne venaient parasiter ce moment passionnant.
A demain.

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Jeudi 15 mai 2008


Se lever à 7 h du matin, emprunter les rues de Cannes encore calmes et désertes, passer devant le Palais pas encore ouvert, rejoindre le grand auditorium Lumière, véritable sanctuaire du cinéma, où se pressent les fidèles (pardon, les festivaliers)  pour la plupart mal réveillés : oui, c’est vraiment à ce moment là qu’on sent que Cannes prend son rythme de croisière.

Et là dès les premières heures du jour, un film argentin de  Pablo Trapero, Leonora, vient nous réconcilier avec l’humanité, après les images sombres de la veille. D’après le sujet du film, on pouvait craindre le mélo, le mouchoir à portée de main. Il n’en est rien. Une jeune femme, Julia enceinte de quelques semaines et soupçonnée de meurtre, est incarcérée. Elle accouche dans une prison spéciale où les mamans peuvent garder leur enfant auprès d’elles jusqu’à l’âge de 4 ans. Derrière les barreaux, au milieu des poussettes, des couches et des aires de jeux, l’humanité reprend ses droits, sous le regard bienveillant des gardiens. Malgré l’enfermement, Julia connaît avec son fils de vrais moments de bonheur. Elle découvre aussi l’amitié et la solidarité. Une « famille » en somme. Ce film, co-produit par Walter Salles ( le réalisateur de « Carnets de voyage » ), est mon premier coup de cœur.

Un mot sur « Tokyo ! » dans la sélection Un certain regard. En l’occurrence, ici, il s’agit de trois regards sur la capitale nippone. Dont celui du cinéaste Leos Carax qui n’avait rien fait depuis Pola X, en 1999. « Merde » : C’est bien le titre de son nouvel opus avec un Denis Lavant très cra-cra dans le rôle de « la créature des égouts » qui terrorise la ville, et Jean-François Balmer en avocat déjanté. Rien de surprenant dans le casting, mais le film a déclenché le premier éclat de rire du festival ! A plus tard…

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Mercredi 14 mai 2008


Bonsoir,

Lancer un festival de cinéma avec un film-catastrophe sur une épidémie de cécité, avouons que l’idée ne manquait pas d’ironie. Pourtant c’est sur un ton très solennel que le cinéaste français Claude Lanzmann a déclaré ouverte la 61 ème édition du festival de Cannes. « De même qu’il y a une seule humanité, il n’y a qu’un seul cinéma » a déclaré le réalisateur de « Shoah ».
Premier film en compétition, donc, « Blindness » du brésilien Fernando Meirelles est l’adaptation de « L’aveuglement » de José Saramago, prix Nobel de littérature en 1998. Une fable philosophique sur un monde plongé dans le chaos. Un film « choc » qui n’a pas suscité l’enthousiasme des journalistes, en projection de presse. Tous (et moi aussi) semblent être sortis beaucoup plus « sonnés » de « Valse avec Bachir », un documentaire d’animation d’Ari Folman. Alors qu’il était jeune soldat envoyé sur le front au Liban, le réalisateur israélien se souvient avoir été témoin des massacres de Sabra et Chatila, en 1982.
Entre vision apocalyptique et devoir de mémoire, cette première journée de festival nous a ouvert grands les yeux. En attendant, il faut dormir un peu… A demain !

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Mercredi 14 mai 2008


Sur La-Croix.com écoutez Arnaud Schwartz, envoyé spécial à Cannes pour La Croix, évoquer l’ambiance de l’ouverture du 61e festival de Cannes.

http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2337869&rubId=31741

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Mardi 13 mai 2008


par France Lebreton

Bonjour !

De retour de Lourdes, je viens d’assister à une journée de tournage du film « Lourdes », dirigé par Jessica Hausner, avec Sylvie Testud dans le rôle d’une paralysée. Un projet de cinéma contemporain, encouragé par Monseigneur Perrier, évêque de Tarbes et de Lourdes, qui suscite l’adhésion de la population locale ( de nombreux Lourdais y font de la figuration). Nous y reviendrons dans un prochain numéro de Pèlerin.

Entre deux réflecteurs de lumière, adossés sur les bords du Gave, les flots bruissent déjà de la rumeur cannoise… Est-ce parce que la réalisatrice autrichienne, ex assistante de Michael Haneke (le cinéaste de « Funny Games »), est une habituée du festival ( elle y a présenté « Lovely Rita » en 2001 puis « Hotel » en 2004) ? Ou parce que son nouveau long-métrage, qui sortira l’année prochaine, pourrait bien figurer dans la sélection officielle de Cannes 2009 ? Ou tout simplement, parce que je serai demain sur la Croisette pour l’ouverture de la 61ème édition du festival de Cannes ?

Je vous donne donc rendez-vous donc tous les jours, jusqu’au 18 mai, après quoi mon confrère Philippe Royer prendra le relais. Nous vous ferons part de nos coups de cœur, nos coups de gueule, nos rencontres, nos rires, nos larmes devant l’écran… mais aussi derrière, dans les coulisses du plus grand festival de cinéma du monde.

A demain !

France Lebreton

 

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