Archive pour le mai 17th, 2008

De l’art de se démultiplier

Samedi, mai 17th, 2008

Comment honorer, à Cannes, le même jour, deux invitations à déjeuner, chacune promettant d’être intéressante pour une hard- blogueuse à l’affût d’informations, anecdotes et autres visages connus. Réponse : aller aux deux !
Arriver au salon des Ambassadeurs vers 12 H 30 à l’apéritif, emboîter le pas de Cédric Klapisch qui, comme moi, se rend au traditionnel déjeuner européen de la SACD (société des auteurs et compositeurs dramatiques). Attraper une coupe de champagne et se mettre en chasse. Un mot à Robin Renucci, repéré comme spectateur assidu des projections cannoises, matin et soir. Le comédien m’apprend qu’il est cette année président du Jury de l’Education nationale. En 2007, le prix, décerné à « Quatre mois, trois semaines et deux jours » (également Palme d’Or) avait suscité la polémique. Pouvait-on montrer ce film traitant de l’avortement dans les lycées ? Gérard Krawczyk, le réalisateur de « Taxi » me dit qu’il expose à Cannes des photos prises avec son téléphone portable. On peut les voir au piano bar du Carlton, où chaque soir a lieu une dégustation de vins en présence de personnalités. On y croise là-bas Jean-Claude Beineix (le frère du réalisateur Jean-Jacques Beineix), à la tête d’une compagnie d’assurances, spécialisée dans les tournages de cinéma (Kurosawa, Berri…) L’autre jour, Jean-Claude Beineix m’a livré un scoop : Benicio Del Toro a refusé de porter une perruque pour jouer Che Guevara dans le film « Che » de Steven Soderbergh, présenté jeudi dans la compétition cannoise. Du coup, il a fallu attendre que ses cheveux poussent ! Mais revenons aux Ambassadeurs, où le réalisateur Jacques Bral fumait sur la terrasse. Absent de Cannes depuis plusieurs années, il prépare un nouveau film.

Filer discrètement vers 13 H30 au moment où les gens passent à table et rejoindre le bateau d’Arte amarré dans le port de Cannes. Les Allemands déjeunent plus tard, m’avait-t-on prévenu. Ça tombe bien..
Avec 11 films en sélection officielle, dont 7 en compétition, la chaîne européenne s’affirme comme LA chaîne du cinéma. Parmi leurs co-productions, il est question autour de la table du film d’animation « Valse avec Bashir » d’Ari Folman, qui laisse à tous un souvenir puissant. Mais aussi de « Lourdes », de Jessica Hausner, un film dont on parlera sans doute l’année prochaine, ici, à Cannes. J’apprends à cette occasion que Gilles Jacob, président du festival de Cannes, fait partie du comité de sélection des films co-produits par Arte. Il faut ensuite revenir sur la terre ferme pour voir un film chinois en compétition : « Er shi si cheng ji » de Jia Zhangke. Le sous-titre est plus facile à mémoriser : « 24 city ». Une sorte de « Ressources humaines » ( le film de Laurent Cantet ) à la chinoise. On y reviendra.

Des films, des films !

Samedi, mai 17th, 2008

Il y a des jours où l’on regrette de ne pas avoir son appareil photo sous la main. Ce n’est pas parce qu’on est journaliste qu’on n’a pas le droit d’avoir un cœur de midinette. Oui, je peux le dire, Catherine Deneuve m’a frôlée. Et pas seulement elle. Sa fille aussi, Chiara Mastrioanni, aux jambes interminables, Anne Consigny, Mathieu Amalric, Emmanuelle Devos… Tous sortaient de la conférence de presse d’ « Un conte de Noël ». Premier film français à être présenté en compétition. Bon, on n’est pas chez Danielle Thompson ( « La Bûche ») mais cette tragi-comédie, à la fois drôle et cruelle, se laisse voir avec plaisir, sans que l’on s’ennuie une seconde. Ce qui est un atout, vue la longueur du film : 2 H 30 (voir aussi notre critique dans Pèlerin cette semaine).

Déception hier soir, chez Woody Allen, avec « Vicky Cristina Barcelona » ( hors compétition) « une comédie légère et romantique » selon le dossier de presse. Mais si légère, qu’il n’ y a pas grand chose à retenir de ce film. Le second degré tourne ici un peu à vide. Et la beauté et le talent des comédiennes (Pénélope Cruz, Scarlett Johansson, Rebecca, Hall) ne suffisent pas à sauver un film qui manque de génie. Cela dit, il fera, ce soir, une splendide montée des marches…

Ce matin, présentation à la presse du nouveau film du brésilien Walter Salles, très attendu depuis le remarquable « Carnets de voyages » (2004). « Linha de Passe » raconte le quotidien d’une famille pas très riche d’une cité, dans la banlieue de Sao Paulo. Une mère enceinte de son cinquième enfant, élève seule ses quatre fils : Dario veut devenir footballeur professionnel, Dinho se réfugie dans la religion évangélique, Denis multiplie les petits boulots pour gagner sa vie, Reginaldo, le plus jeune, voudrait bien connaître son père… Tous courent après leur rêve. Walter Salles point l’état d’urgence d’un pays ravagé par la violence et la misère. Et surtout la fracture d’une société où les pauvres semblent devenus invisibles aux riches. Moins évident que « Carnets de voyage », ce film révèle peu à peu sa force, son intensité. Au final, une réussite.

Trois questions à…
René Aucourt, président du Jury œcuménique 2008

Samedi, mai 17th, 2008

 

Propos recueillis par France Lebreton

Vicaire épiscopal, prêtre dans la région de Chalon-sur Saône, René Aucourt, 55 ans, a fait partie en 2000 et 2002 de l’organisation du Jury œcuménique, côté catholique. Pour la première fois, cette année, il en est le président.

Comment concevez vous le rôle du Jury œcuménique ?
Président du Jury oecuméniqueIl s’agit pour nous de repérer les films qui rejoignent les valeurs de l’Evangile : la place et le respect de l’homme, l’engagement, l’espérance, la dimension spirituelle. Sans que ces valeurs soient pour autant explicites. Le Jury œcuménique ne prime pas les films religieux, mais ceux qui peuvent être des paraboles pour notre temps. Des œuvres qui nourrissent, qui invitent à la réflexion. Le film ne doit pas être un prétexte mais un vecteur. Les images doivent avoir quelque chose à nous dire.

Dans quelles conditions travaillez-vous au festival ?
Notre présence est discrète. Nous nous réunissons, avec les cinq autres membres du Jury, tous les deux jours, vers 19 H, dans un salon du Palais, pour échanger sur les films que nous avons vus. Certains sont éliminés, d’autres sont retenus. Provisoirement, bien sûr ! Le festival nous accrédite comme des journalistes, avec un badge rose. Nous n’avons donc pas de rang réservé. Une fois, un soir, nous sommes invités à « monter les marches », tous ensemble et préalablement annoncés. Ce que nous avons fait vendredi soir pour le film de Woody Allen. Durant des années, le Jury œcuménique a été logé, le temps du festival, dans une maison de religieuses. Depuis sa fermeture, il a élu domicile dans une résidence pour personnes âgées, à 15 mn à pied du Palais.

Un film en particulier se rattache t-il à votre décision de devenir prêtre ?
« Z » de Costa-Gavras. Je l’avais vu en 1971, l’année de mon Bac. Je commençais à me poser des questions sur mon avenir. Le héros de « Z » s’engageait pour une cause, donnait sa vie pour les autres. Ce film m’a marqué. Il m’a aidé à m’interroger : « Et toi, tu veux donner ta vie pour qui ? »