Journée engagée, hier, quarante ans après « 1968 ». La Semaine de la critique, l’une des sections parallèles du festival, a organisé projections et débats autour de la pauvreté dans le monde. Si le cinéma militant a cessé de se rêver galvanisant ouvriers et étudiants en vue du « grand soir », il veut rester le témoin et le dénonciateur des injustices.Plaie mondiale, la pauvreté a inspiré deux documentaires, qu’on a pu voir : « The end of poverty ? », du Français Philippe Diaz. Un éloquent tour du monde de la misère. Et « Enfants de Don Quichotte (acte 1)», de Ronan Dénécé (sortie dans les salles fin octobre), sur le combat mené par Augustin Legrand et Pascal Oumaklouf, en octobre 2006, au bord du canal Saint-Martin, pour alerter l’opinion publique sur la situation dramatique des sans-abri à Paris, et provoquer une réaction politique. Chacun à sa manière, ces deux films vont droit au but.
Hasard ou non de la programmation, la section « Un certain Regard » - une « annexe » de la sélection officielle - projetait, hier aussi, un film - « Versailles », de Pierre Schoeller - aussi inattendu que gonflé sur des « Sans domicile fixe , réduits à vivre dans des cabanes de fortune, dans les forêts aux portes de Paris.
“Versailles” joue de prime-abord du paradoxe entre le château et ces abris dans les futaies alentours. Mais le procédé, un brin grossier, s’affine et se complexifie assez vite. L’œuvre est portée par Guillaume Depardieu, sorte d’homme des bois “rebelle mais au grand cœur” (un rôle qu’on lui attribue souvent au cinéma, à quelques variantes près), à qui une jeune SDF a abandonné son fils de cinq ans, Enzo. Que faire de ce bout de chou encombrant ? Damien, alias Depardieu, va peu à peu réapprendre la responsabilité. Non sans de gigantesques efforts, il renoue avec les siens et reconnaît l’enfant, afin de lui donner une existence sociale. Une fois qu’il sait Enzo entouré, Damien peut reprendre son errance.
Au-delà du thème des sans-abris, « Versailles » explore un sujet rarement traité au cinéma : confier de sa propre initiative son enfant, lorsqu’on se sait incapable de lui offrir affection et avenir. Fréquent, et même salutaire, dans la France d’autrefois, ce don, car s’en est souvent un, est aujourd’hui mal compris. Sortie de « Versailles » le 13 août prochain : nous y reviendrons !
Philippe Royer