Clint Eastwood, ma star
C’est d’un banal, mais je le dis quand même : dans mon panthéon des réalisateurs américains, Clint Eastwood est au sommet. A égalité avec Woody Allen. Mon drame, à chaque festival où il a un film en compétition, est que je suis condamné à juste voir passer sa silhouette (burinée, sans un poil de graisse, cheveux blancs et rides de celui à qui on ne peut plus la faire) de loin. Sauf à jouer des coudes avec une meute de journalistes et de photographes, au risque d’un coup d’appareil sur le nez, ou à détourner la vigilance du service d’ordre cannois. Mais, mettre en branle une armoire à glace qu’on ne pourra plus raisonner, je n’y pense même pas.
Disons le tout net : je donne tout de suite la Palme d’or à « L’échange », le dernier film de Clint Eastwood, présenté officiellement ce soir. Sans préjuger, évidemment de la suite. C’est un film passionnant et admirablement réalisé. 2 h 20 d’un cinéma cousu main, digne des grands anciens d’Hollywood.
L’histoire n’est pas « gaie gaie ». Nous sommes dans les années 1920, à Los Angeles, où la police est minée par la corruption (de grands auteurs de polar américains ont fait leur chou gras de cette époque). Une mère (jouée par l’actrice Angelina Jolie, magnifique) refuse de reconnaître, dans le petit vagabond que la police lui a ramené, son fils, mystérieusement disparu quelques mois auparavant. L’affaire s’envenime. La mère est internée. Les citoyens de la ville multiplient les protestations, attisées par la découverte d’un charnier d’enfants …
Tiré d’une histoire authentique, « L’échange » offre un bouleversant portrait de femme déterminée à faire éclater la vérité, dans une société alors encore très machiste. D’autres films, dans cette sélection cannoise, mettent en valeur des femmes invaincues, à commencer par « Le silence de Lorna », des frères Dardenne (mon blog d’hier). Mais même en retrait, elles sont une présence déterminante. C’est, pour l’heure, l’une des grandes tendances de cette édition-ci.
20/05/2008

