Archive pour le mai 21st, 2008

Du son et des images

Mercredi, mai 21st, 2008

L’une des grandes distractions de Cannes, la nuit tombée, est de jouer les badauds le long de la Croisette. Il faut d’abord commencer par le vieux port, pour ses yachts luxueux à quai. Faire un “arrêt vedettes” au pied du Palais des Festivals. Avec un peu de chance, on peut entrapercevoir, entre deux têtes, une star qui monte les marches. Longer la plage. Sur l’un des très rares espaces publics, un chanteur s’époumone sur un podium en plein air, entre un écran géant et des rangées de transats vides. C’est « Ciné plage » organisé par le Festival, avec de la musique et un film chaque soir. Restaurants et boîtes de nuit occupent ensuite chaque mètre carré de sable, formant un long serpent de toile. Avant le bouquet final, en bout de Croisette : le plateau de Canal+, pris d’assaut à l’heure du Grand journal. Voilà pour l’image.

Le son est à l’avenant. La maison Warner Bros fête on ne sait quoi sous un barnum, à coup de standards américains. A côté, le cinéma indien reçoit A l’entrée, un groupe d’authentiques musiciens du Rajasthan tente de se faire entendre, on a un peu de peine pour eux. Tandis qu’à quelques mètres, gars et filles en tenue de nuit s’engouffrent dans une boîte dont les décibels traversent les murs de toiles. Sans oublier les « garennes » (comme on les appelait autrefois à la campagne) : vitres de voiture grandes ouvertes, musique à fond. Pour les clapotis de la Méditerranée sous la lune, il faudra repasser !

Au fait, je ne vous ai pas encore parlé de « Two lovers », de James Gray, présenté avant hier soir dans la cadre de la compétition. Le premier film sans règlements de compte entre mafias de l’Est, de ce talentueux cinéaste américain (« Little Odessa », « La nuit nous appartient »). Un juif new-yorkais (joué par l’acteur Joaquin Phoenix, le Marlon Brando de James Gray), qu’un premier échec amoureux a fragilisé, hésite entre deux femmes : la belle ashkénaze, incarnant la raison, que ses parents lui ont présenté. Ou sa voisine de palier (l’actrice Gwyneth Paltrow), instable et loin de son monde, dont il est justement tombé follement amoureux… Un très fine comédie sentimentale, sans niaiserie, au plus près de la vie quotidienne des émigrés d’Europe centrale.

Philippe  Royer