La leçon de cinéma
Dernière ligne droite avant la clôture. Les projections de films en compétition se sont intensifiées depuis hier soir : « Che », de Steven Soderbergh (quatre et demi sur la vie d’Ernesto Guevara !), « La frontière de l’aube », de Philippe Garrel, deuxième film français de la compétition, et « Adoration », d’Atom Egoyan. Pas une minute de répit, donc. Je vous parlerai de ces trois films dans la soirée, mais je profite d’un moment de calme pour vous raconter la « Leçon de cinéma », de l’Américain Quentin Tarantino, dont je sors à l’instant. Une tradition cannoise, maintenant, que cette « leçon », à laquelle se sont déjà pliés de grands réalisateurs, comme Martin Scorsese, ou le Chinois Wong Kar Wai.
Au fil des éditions, l’exercice s’est sophistiqué, passant de la simple carte blanche à l’entretien soigneusement préparé avec un critique. Cet après-midi : Michel Ciment, l’âme de la revue « Positif ». Qu’on aime ou pas ses films (« Reservoir Dog », « Pulp Fiction », ou « Kill Bill »), Quentin Tarantino, enfant des faubourgs populaires de Los Angeles, est un véritable personnage. Physiquement déjà : avec son visage aigu se terminant par un menton en galoche, il a un air de Dalton. Une parenté que ses films de mauvais garçons accentuent. Et lorsqu’il parle, on a le sentiment d’être entré dans une scène de l’une de ses oeuvres : un flot survitaminé, bourré d’expression drôles et imagées.
Prévue pour une heure, la leçon en a fait à peu près le double, extraits de films à l’appui. A la lumière de ses explications, c’est vrai qu’on voit son travail différemment. Cinéphile acharné, il nous livré son faible pour les films du Français Eric Rohmer (qui l’eut cru ?), mais surtout son admiration pour Brian de Palma et de Sergio Leone.
Du premier, il a retenu les très longues scènes sans interruption, avec une caméra qui enveloppe les personnages. Du second, l’art de mettre de l’humour là où il n’y en a jamais, à commencer par les tueries. « Faire rire le spectateur l’implique. Il devient un complice de l’histoire, tout en ressentant une certaine culpabilité », a t-il confessé, en guise de secret de fabrication. J’en suis sorti assez impressionné, bien que derniers films, « Kill Bill » (1 et 2), et « Boulevard de la mort » ne m’aient pas du tout convaincu. Irai-je jusqu’à réviser mon jugement ?
Philippe Royer
22/05/2008

