Archive pour le mai 23rd, 2008

Trois questions à …

Vendredi, mai 23rd, 2008

Robin Renucci, président du jury du Prix de l’Education nationale.

L’acteur et réalisateur préside un jury composé d’enseignants et d’élèves. Le film primé, choisi parmi ceux de la sélection officielle (compétition et section « Un certain regard ») fera l’objet d’un dossier pédagogique. Ce prix est décerné dimanche 25 mai, en présence du ministre de l’Education, Xavier Darcos (les anciens prix décernés par le jury).

Comment vivez-vous cette responsabilité : décider d’un film que des milliers de lycéens iront voir et analyseront avec leurs professeurs ?

Avec beaucoup de sérénité. Comme quelque chose de sérieux et de généreux. Car le film qu’on va choisir deviendra une référence collective. Il faut donner aux lycéens le meilleur : une œuvre qui leur ouvre un champ sensible. Le plus important pour moi est la question de la citoyenneté : comment les jeunes Français entrent-ils en contact avec les œuvres cinématographiques ? La plupart du temps, ils sont confrontés à des produits. Le marché les cible et choisi pour eux. Avec ce prix, nous sommes dans le cadre démocratique de l’école : on apporte aux lycéens une œuvre censée les élever.

Etes-vous sensible à cette question de l’apprentissage et de transmission artistique ?

J’ai toujours eu beaucoup d’engagements dans ce domaine. J’ai ainsi crée, il y a douze ans, un festival de théâtre, en Haute-Corse, sur le modèle de l’Education populaire. Entre juillet et septembre, il réunit publics et acteurs, venus d’horizons différents, autour de créations collectives. On y croise beaucoup d’enseignants.

Quels films vous ont marqué, adolescent ?

« La guerre des boutons », d’Yves Robert. C’est un film à la fois réaliste, mais aussi une catharsis. J’y pense, lorsque je vois un film de guerre. Encore plus quand une œuvre met en scène des enfants soldats en Afrique. L’autre film, c’est « Tous les autres s’appellent Ali », de Rainer Fassbinder. Notre prof de philo du lycée d’Auxerre, dans l’Yonne, où j’ai fais mes études, nous l’a fait découvrir.
J’ai gardé une grande affection pour ces enseignants passeurs qui ont marqué ma jeunesse. Ils sont en passe d’être remplacés par une génération davantage nourrie à la télévision. Il faut aussi qu’on leur offre le meilleur de la culture.

Recueillis par Philippe Royer (Photo : Education nationale)

Jeunes pousses

Vendredi, mai 23rd, 2008

C’est une institution discrète, mais qui n’en a pas moins une place importante à Cannes. Créée par le Festival en 1998, le Cinéfondation offre des résidences et des ateliers, à Paris, à des jeunes cinéastes venus du monde entier, pour les aider dans l’écriture de leur premier long métrage. Outre ce coup de pouce, le but est aussi de les familiariser avec Cannes, et de les fidéliser.

En 1998, le festival avait ainsi voulu œuvrer au renouvellement de cette génération de créateurs, les Wenders, Scorsese, ou Schlöndorff, qui a fait les beaux jours de la compétition, mais vieillit et s’essouffle forcément.

L’idée était bonne, puisque plusieurs des jeunes pousses passées par la Cinéfondation ont depuis monté les marches avec un film. Mais l’autre volet de la Cinéfondation est de présenter, durant le Festival, une compétition de films d’écoles de cinéma et d’art, sélectionnés un peu partout.

Dans cet ensemble de trois programmes de films, on trouve des perles, certes encore mal dégrossies, mais sacrément prometteuses. Ainsi d’un court métrage d’une jeune Chinoise, Jian Xuan, élève de l’Institut d’art de Californie. Tourné dans un paysage de montagne, en Chine profonde, « August 15th » traite d’un authentique fait divers – un braquage et un viol dans un autobus, sur une ligne régulière – de manière directe, avec un tension dramatique et une maîtrise du récit qui n’ont rien à envier à des « pro ». On en sort inquiet pour la Chine, mais rassuré pour le cinéma.

Philippe Royer

La montée des marches, en images

Vendredi, mai 23rd, 2008


Benicio Del Toro, acteur principal du « Che », mercredi 21 mai


Steven Soderbergh, réalisateur du « Che », mercredi 21 mai

Les autres photos sur le site du Jury Oecumenique

« Cuba libre »

Vendredi, mai 23rd, 2008

Comme promis, je reviens sur « Che » de Steven Soderbergh, le film qui a suscité le plus de commentaires, ces dernières heures. Depuis « Sexe, mensonges et vidéo », Palme d’or à Cannes en 1989, le réalisateur Steven Soderbergh (« Ocean’s Twelve », « Traffic », Erin Brockovich » …), nous a habitué à le voir s’emparer des genres les plus divers. Mais on ne l’attendait pas forcément sur le terrain de la révolution castriste.

Son film est composé de deux parties distinctes : la première narre la conquête de Cuba, entre 1956 et 1959, par la troupe de guérilleros emmenée par Fidel Castro et Ernesto Guevara, un médecin argentin. La seconde : la chute du « Che », dans la jungle bolivienne.

Le réalisateur a voulu se démarquer des biographies classiques, en insistant sur le quotidien austère des guérilleros : l’entraînement, les combats, les épreuves, mais aussi cette fraternité dans l’adversité, dont le cinéma a toujours fait son miel. Ce parti-pris permet de dégager la personnalité d’Ernesto Guevara, et, partant, les racines du mythe, mais aussi de prendre une certaine distance avec l’idéologie.

Le Che est montré comme un combattant aguerri et téméraire, un chef charismatique, attentif aux souffrances des humbles, mais impitoyable avec les « profiteurs de guerre » dévoyant son idéal révolutionnaire.

Si, à Cuba, les castristes avancent sur un terrain qui leur est acquis, en Bolivie, le contexte est tout autre. Isolé, sans aucune assise populaire, le « Che » est voué à perdre la guerre. Là aussi, dans cette seconde partie : l’entraînement, les combats, minutieusement reconstitués …

Le procédé lasse assez vite. Les mêmes scènes se répètent, sans aucune ellipse pour soulager le récit. Evidemment, la tragédie l’emporte : la dernière heure, celle de la capture et l’exécution sommaire de Guevara, est magnifique. Elle récompense d’avoir patienté.

Egalement au crédit du film, la langue : joué par des acteurs hispaniques, dont Benicio del Toro, dans le rôle du Che, et Damien Bichir, dans celui de Castro (dont il reprend tous les tics), il est en espagnol, et respecte même les accents (Argentins, Cubains, Mexicains …). Rare, dans le cinéma américain !

Autant « Che » est un film limpide, parfaitement documenté, autant ceux de Philippe Garrel et d’Atom Egoyan, demandent un minimum de familiarité avec les univers de l’un et de l’autre. Réalisé en noir et blanc, « La frontière de l’aube »  de Philippe Garel est une oeuvre à tiroirs, reprenant les obsessions de son auteur, incarnées par son fils, l’acteur Louis Garrel : la marginalité opposée au « confort bourgeois », la culpabilité, l’impossibilité du bonheur, la psychiatrie … La poésie de son travail fascine, mais on reste à l’extérieur.

Même chose avec « Adoration » : l’univers artistique du Canadien Atom Egoyan est d’une grande richesse. Ses réalisations, construites à la manière des contes orientaux, sont envoûtantes, mais on peine à s’y plonger en entier.

Soderbergh, Garrel, Egoyan : trois mondes aux antipodes les uns des autres, qui démentent ce fréquent constat d’uniformisation du cinéma. Pourvu que cela dure !

Philippe Royer