Sous les palmes, des films

Le verdict est tombé hier soir, avec quelques grosses surprises, qui ont déjoué nos pronostics.
Réjouissons nous d‘abord de cette Palme d’or française, la première depuis 21 ans, depuis la victoire de « Sous le soleil de Satan », de Maurice Pialat. Espérée presque chaque année, elle avait, depuis, toujours échappé à notre cinéma. Cela étant, un certain esprit francophone n’en avait pas moins continué à souffler sur les palmarès cannois, avec les Palmes d’or attribuées aux films des frères Dardenne (en 1999, pour « Rosetta », et en 2005, pour « L’enfant »), héritiers de la tradition documentaire belge et du « cinématographe » épuré d’un Robert Bresson.
Projeté en dernier, samedi, « Entre les murs » a conquis un jury comptant parmi ses membres des personnalités, comme le cinéaste Rachid Bouchareb, ou l’actrice Jeanne Balilbar, qui ne pouvaient qu’être sensibles à la difficulté des enfants de nos « minorités visibles » à trouver leur place dans l’institution scolaire. Sans doute, Sean Penn, président du jury y a trouvé un écho de la relative faillite du système scolaire américain.

A noter que le jury œcuménique avait retenu « Entre les murs » dans son dernier choix de trois films. Mais il a trouvé que cette œuvre se terminait sur un constat d’échec, sans retour, au contraire du film canadien « Adoration ». Ce film d’Atom Egoyan, à lire à plusieurs niveaux sur l’adolescence et la cohabitation entre cultures et religions, est certes plus difficile qu’ « Entre les murs », mais ouvre des pistes dans les relations avec autrui.

Bonne surprise également, ces deux prix à des films italiens. La Péninsule n’avait guère été gâtée ces dernières années, en raison aussi de l’absence de films de Nanni Moretti. « Gomorra », de Matteo Garrone (Grand prix), et « Il divo », de Paolo Sorrentino (Prix du jury), sont deux films coup de poing, dénonçant les pratiques de la mafia, la corruption et la collusion avec le monde politique en général, et la démocratie chrétienne en particulier. Ce n’étaient pas nos préférés, mais on peut aisément comprendre les motivations du jury.

Pas de contestation possible pour le Prix d’interprétation masculine, attribué à l’acteur Benicio Del Toro, fascinant dans la peau de Che Guevara. Celui d’interprétation féminine est allé à une actrice brésilienne, Sandra Corveloni, héroïne de « Linha de Passe », de Walter Salles (film que nous avions retenu dans notre palmarès). Souvent à Cannes, l’un des deux prix d’interprétation va à une (ou un) inconnue.

Absents du palmarès, à notre grand regret : « Valse avec Bacir », d’Ari Folman, et « L’échange », de Clint Eastwood. Un Prix du 61ème festival a bien été annoncé pour le cinéaste américain, partagé avec Catherine Deneuve. Seule l’actrice française est montée sur la scène, mais pas Clint Eastwood, dont personne n’a plus reparlé jusqu’à la fin de la cérémonie de clôture. Etrange !

Les grandes tendances de ce Festival 

Nous avons pu noter un foisonnement de films sur le thème de l’enfermement, toutes sections confondues. Enfermement physique, dans « Leonora », de Pablo Trapero, ou « Hunger », du Britannique Steve Mc Queen. Huis clos familiaux (« Les Trois singes », du Turc Nuri Bilge Ceylan) , ou blocage de la mémoire, dans « Valse avec Bachir ».

Mais la tendance majeure a été celle de la transmission, sorte de suite inconsciente de cette veine qui a fait florès dans le cinéma, au début des années 2000 : la recherche du père, démissionnaire. Cette fois, le père prend ses responsabilités, de lui-même, ou poussé par les circonstances.

De toutes les manières, enfants et adolescents ont été au cœur des préoccupations. Dans le film de Clint Eastwood, par exemple, où la police de Los Angeles ne fait aucun effort pour retrouver la trace d’enfants disparus. Ou dans « Entre les murs », de Laurent Cantet. La société à venir dépendra de ce qu’on aura fait de nos enfants, nous ont dit beaucoup de cinéastes.

Cannes 2008 est mort, vive Cannes 2009. A l’an prochain. En attendant, vous pourrez évidemment retrouver dans Pèlerin nos articles sur les films présentés à Cannes, au fur et à mesure de leur sortie.

France Lebreton et Philippe Royer

 

 

 

26/05/2008

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